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Vendredi 21 décembre 2018
par Clémence POSTIS
Clémence POSTIS
Journaliste pluri-média Clémence a pigé pour des médias comme NEON Magazine, Ulyces, Le Monde ou encore L'Avis des Bulles. Elle est également podcasteuse culture pour Radiokawa et auteure pour Third Éditions.

Allier cadeaux de Noël et écologie peut-être un vrai casse-tête. Pour éviter les cohues dans les magasins, acheter en ligne est une vraie solution de repli. 7 internautes sur 10 prévoient d’acheter leur cadeau de Noël en ligne. Avec un coût écologique non-négligeable…

Offrir des cadeaux respectueux de l’environnement à des enfants n’est pas facile. Il faut allier leurs désirs, souvent dirigés par les copains d’école et la publicité, et vos valeurs. J’ai raté ce premier défi avec panache. Selon toute probabilité, je peux me rattraper avec les adultes. J’espère.

Père Noël Secret

Dans ma famille, en comptant les pièces rapportées, nous sommes huit adultes, soit huit cadeaux par personne. Ni très écologique, ni très axé sur la déconsommation.

Pour éviter cet écueil, nous testons pour la première fois en famille le Secret Santa. Cette tradition de Noël venue de nos amis anglo-saxons est simple : on tire au hasard le nom d’une seule personne à qui offrir un cadeau. Je concède que cela peut être décevant, mais nos porte-monnaie et la planète finiront par nous dire merci. Le tirage au sort m’attribue donc… mon père. En voilà un qui ne sera pas tenté par un objet technologique hyper polluant.

Chez nous, nous croulons sous les objets et les équipements électriques ou numériques. Offerts à Noël, aux anniversaires ou achetés pour soi, tous ces objets accumulés représentent selon l’ADEME 2,5 tonnes. L’équivalent d’un énorme hippopotame dans notre salon. Nous possédons en moyenne 99 équipements électriques, dont au moins six ne sont JAMAIS utilisés.

Source : ADEME

Mon père en sait quelque chose : il y a quelques Noëls de cela, nous lui avons offert un cadre photo numérique. Une mode passagère, où l’on pouvait charger des photos qui défilaient sur l’écran du cadre. Sur le moment, cela nous a paru une bonne idée. 4 ans après, cet équipement prend la poussière dans un tiroir.

Cette année, je décide de me tourner vers un cadeau culturel. Mon père a une passion pour l’opéra. Son installation sonore est digne d’une boîte de nuit : à toute heure du jour, on entend jusqu’en bas de la rue des chanteurs s’époumoner sur la Flûte enchantée. Je décide donc, au grand dam de ma mère qui commence à en avoir plein de dos de Maria Callas, de compléter sa collection de CD.

Un nouveau dilemme surgit. J’ai un gros défaut : j’achète sur internet. Amazon, pour moi, est la chose la plus merveilleuse jamais créée. Pas besoin de faire les magasins, de perdre du temps en boutique ou de devoir éviter les vendeurs « vous avez besoin d’aide ? ». Je ne suis pas la seule à vouloir éviter les magasins à Noël. Selon un rapport de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), les transactions en ligne font un bond de 49 % à la période des fêtes. 7 internautes sur 10 envisageaient à Noël dernier de faire leurs achats en ligne.

Les conditions de travail des employés d’Amazon sont déplorables, la plateforme tue petit à petit les commerces indépendants, et ils ne paient même pas leurs impôts en France. Mais quel est leur bilan carbone ?

Stop Amazon

Selon une étude d’Estia pour la Fevad, la vente en ligne divise par quatre les émissions de gaz à effet de serre. Cette économie de CO2 est due à la limitation des déplacements. Le client ne prend pas la voiture pour aller faire ses achats, quant au transporteur il livre plusieurs personnes à la fois. Une sorte de covoiturage des colis. Le trajet qui aurait pris au client en moyenne 13,7 km est réduit à 3,6 km.

Cette étude, menée par les principaux concernés, à savoir les vendeurs en ligne, ne me convainc pas tant que ça. Mon dernier calendrier de l’avent est arrivé avec un timbre d’Espagne. Il a parcouru bien plus que 14 km.

Le secteur informatique est responsable de 7 % de la consommation mondiale d’électricité.

Un autre point est oublié dans ce rapport : les ressources en énergie des plateformes de paiement, et notamment d’Amazon. Pour alimenter leurs serveurs, ces compagnies ont besoin d’électricité. Dans un rapport d’avril 2014, Greenpeace pointait du doigt Amazon. En alimentant ses infrastructures avec de l’électricité bon marché, il favorise des ressources non renouvelables, avec seulement 15 % d’électricité « propres » contre 50 % provenant des énergies fossiles.

Amazon ne se contente pas de livrer des cadeaux : il propose aussi aux grandes entreprises des offres de « cloud ». Instagram, Pinterest ou même Netflix utilisent les services de stockages en ligne d’Amazon. Toujours selon Greenpeace, le secteur informatique est responsable de 7 % de la consommation mondiale d’électricité. J’essaie donc vaillamment de lutter contre mes envies d’achats sur internet. Les CDs de mon père seront achetés chez un disquaire indépendant de Bordeaux, atteint en transport en commun.

Ce que j’aurais pu faire

• Une expérience plutôt que du matériel : lui qui aime l’Opéra, si mon budget me l’avait permis, aurait reçu avec plaisir des places pour une représentation à l’Auditorium de Bordeaux. À moindres frais une carte de cinéma aurait été parfaite.
• Lui offrir un don pour une association. L’association « Enfants du Mékong » propose d’offrir un parrainage à un proche. Pour 28 euros par mois, mon père aurait pu permettre à un enfant défavorisé d’aller à l’école.
À ce passionné de la mer, j’aurais pu aussi offrir une adhésion au SeaShepperd ou à Surfride. Moins bling-bling sous le sapin, ces cadeaux de Noël trouvent un autre écho au moment des fêtes.
Offrir un cadeau zéro déchet. Un shampoing solide, du dentifrice fait maison ou un rasoir réutilisable… L’occasion de faire découvrir le zéro déchet à un proche et lui donner envie d’abandonner les emballages et les solutions jetables.

Clémence POSTIS
Journaliste pluri-média Clémence a pigé pour des médias comme NEON Magazine, Ulyces, Le Monde ou encore L'Avis des Bulles. Elle est également podcasteuse culture pour Radiokawa et auteure pour Third Éditions.
Retrouvez cet article dans le feuilleton :

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